On verra bien

« ON VERRA BIEN »
ON (Caroline Muheim et Joël Renard)

« L’exposition « ON verra bien » à la Galerie des Grands Bains Douches de Marseille est le deuxième volet d’une proposition faite en 2000 au Carré St-Anne à Montpellier par Caroline Muheim et Joël Renard sous l’appellation « ON peut le faire ». 
Ces deux titres affirmatifs, presque péremptoires, renvoient en fait, à une forme amusée du détachement et de l’ambition entrelacés, au travail qu’ils élaborent à deux depuis quelques années, chacun tenant à distance sa propre création ou celle de son comparse au profit d’une pratique commune (…)

Dans un atelier / galerie Caroline et Joël m’ont proposé la visite d’un capharnaüm d’objets créés dans l’esprit d’une correspondance plastique. Objets réalisés de bric et de broc (planchettes d1agglo et de divers matériaux, tapis colorés, tables découpées, photographies, copeaux gigantesques etc) au profit d1une installation impertinente et pétillante qui renvoie judicieusement à l’urbanisme, au design des années 70, à la peinture constructiviste, au néo-géo. Il faut se frayer un passage entre des objets / maquettes qui tutoient l’altitude sans
jamais vouloir « gratter2 » le ciel, et dévoilent progressivement leur identité, leur processus de conception. Densité des gestes, absence d1inflation physique ou formelle, conflagration des plans sol/mur, imbrication des média sont autant d’éléments qui permettent de saisir la tension du débat.

De toute évidence leur proposition est celle d’une provocation faite de l’un(e) à l’autre, d’éroder les habitudes, les clichés, les stéréotypes de notre culture. Conscients de ce besoin vital de dialogue artistique, Caroline Muheim et Joël Renard ont décidé de se jeter à la tête leurs doutes, de se chamailler, à propos de la notion de singularité, de se forcer d1admiration et à l’admiration, en se passant d’un atelier à l’autre des « monstres » d’oeuvres à peine naissantes ou terriblement embarrassantes parce qu’achevées, des énigmes comme autant de crocs en jambes pour conserver une vitalité, une pertinence, une curiosité qui seules leur permettront de dégager
des modèles qui leur appartiennent vraiment.

« ON verra bien » peut s’interpréter comme une forme élégante et détachée, joyeusement impertinente qui n’est jamais fataliste : « Après moi le déluge », « Advienne que pourra », n’est pas leur versant d’intérêt, ils préfèrent créer un dispositif témoignant du souci de lisibilité, d’une transparence accrue, d’un gain dans le calme des intentions, presque la sérénité d’une proposition à regarder ensemble l’inéluctable de l’évolution. »

Christian Gaussen